Le Hamac et les Colibris. Roman de Karine BaridonChapitre 34 — Une météorite est tombée… BOUM
Jacques Prévert
Un jour, j'irai vivre en théorie, car en théorie, tout se passe bien.
Jacqueline Maillan
Il y a toujours un moment où tu te rends compte que tu n'es qu'un personnage dans la pièce des autres. Si tout va mal, ce n'est pas grave, ça peut toujours être drôle. La vie, c'est un sketch permanent.
Vendredi
Ce matin, la météo avait prédit une catastrophe imminente. J'ai regardé le ciel : grand bleu. Je suis partie avec une petite appréhension. Je sentais que quelque chose de terrible allait arriver.
Effectivement… à la pause, Iznogoud m'a remis une lettre cachetée, par la cardinale de Richelieu elle-même. À l'instant même où j'ai reconnu le poinçon de Ça sur la cire, la foudre a frappé, a fait sauter les plombs, et l'orage a éclaté. La météo avait raison. Une météorite est tombée. Trop tard pour mettre mon ciré… Ça me prête un parapluie quand il fait beau, et me le reprend dès qu'il pleut. Je suis trempée.
Lundi
Ça me convoque au tribunal et me présente les 3 conspirateurs, à éviter comme l'O.T.T. Problème : ils m'ont convoquée tous les 3. J'aurais bien aimé contourner.
1 – Ça, Sa Majesté la Chefaillon, m'accuse de trahison depuis le début. Elle est persuadée que je veux lui piquer ses idées et les refaire ailleurs, ou les vendre au plus offrant ! Comme personne ne la contredit, elle est sûre d'avoir raison ! La remise en question n'a jamais fait partie de son vocabulaire, ça n'existe pas dans son dictionnaire. Ça marche bien, en 1 an 12 pots de confiture, le turnover croît, mais personne ne se pose de questions. Tant que son poste est à l'abri, tout va bien.
2 – Iznogoud, la sous-sous-chefaillon, veut devenir Calife à la place du Calife. Elle étudie la psychologie des sadiques pour se perfectionner. Représentante officielle de Ses Majestés, elle exécute leurs ordres avec un certain vice. C'est elle qui a soufflé l'idée de la torture lente.
3 – Le Sous-Chefaillon s'en charge. Lui, il a trouvé sa planque, il fait le tampon entre Ça et les sous-fifres, qu'il charge comme des mulets, en se faisant passer pour l'oreille bienveillante, mais en fait il protège son poste et s'assure que les subventions lui payent bien son salaire. Il vient de terminer sa maison, il a un crédit à rembourser, il a trouvé la planque, il ne va pas la lâcher, mais Blanche-Neige l'a vu venir, elle doit sauter.
Point commun de tous les représentants du tribunal ici présents, réunis pour faire mon procès : ils tiennent à leur poste plus qu'à la prunelle de leurs yeux. Au ministraillon, on est bien loin de la politique suisse, où chaque parti est représenté et décide en toute neutralité d'une solution commune, après que tout le monde se soit mis d'accord sur 1 compromis. Ici, on est plutôt en démocratie féodale. Tous 3 veulent m'éliminer pour continuer de toucher leurs salaires. Oh pardon, leurs subventions. 3 chats noirs pour 1 souris blanche. Ils vont bien s'amuser !
J'entre sans les codes. Le bouc est toujours prêt à reconnaître ses torts. Surtout s'il n'a rien fait. On vérifie que je n'ai pas de micro. Fouille intégrale… Ambiance. Faut dire que je n'ai pas dormi depuis 3 jours. Et qu'il me manque environ 2 mois de sommeil. Y'a plus 1 seul neurone réactif là-haut. Ou plutôt, le seul qui me reste est en mode alerte. Survivant de l'extrême, il lance un dernier SOS, son ultime signal d'alarme avant de s'éteindre dans le néant.
Et la torture commence… Mon heure de gloire a sonné. Quand plaisir et humiliation jouent au chat et à la souris. La torture lente les excite. Ils mouillent leurs culottes. Ici, la conspiration est le mot d'ordre. Les responsables sont les juges, qui gardent le secret. On ne m'avait pas dit que la guillotine était directement dans le tribunal. Trop tard. Malgré l'inconfort de l'injustice flagrante, j'ai une réputation à tenir. Je suis un bouc de premier ordre. Je joue mon rôle à la perfection.
Ça — Accusée, levez-vous.
Moi — (Ça me rappelle quelqu'un…) Vous êtes sûrs ? J'ai plutôt envie de m'asseoir et qu'on en finisse au plus vite. Le pire ennemi d'une bonne blague ? 1 ancienne prof trop sérieuse, 1 sous-chefaillon vexé et 1 Iznogoud Judas. Je préfère omettre les détails sordides. Je n'aime pas la violence gratuite, après 2 heures de torture. Venons-en aux faits. Conclusion : avertissement !
Ça — Si vous recommencez à vous mettre en colère, c'est l'expulsion.
J'appelle ma sœur — Je te file le numéro d'une conseillère en droit des entreprises tout de suite.
Mes parents — On est là. On te soutient !
Lui — C'est de ta faute. (Le mot qui tue.) Tu travailles trop… tu ne sais pas dire non, et tu ne m'accordes pas assez d'attention.
Il m'enfonce la tête dans le sable quand je suis déjà à terre. Je réponds — Ok. (Dégage !) Bye bye !! (C'est fini.)
Les fiches pratiques tirées de ce chapitre :