Le Hamac et les Colibris. Roman de Karine BaridonChapitre 32 — Le Viking prend la fuite
Grillade sauce parano à la Vik ! Quand l'ego pète une durite…
Jacques Rouxel — Les Shadoks
Quand on ne sait pas où l'on va, il faut y aller… et le plus vite possible !
Extérieur nuit. Ambiance estivale. Grandes tablées, rires, lampions.
Tout le monde est détendu, ça sent le poisson grillé, les olives, la lavande, la paix. Autour d'une minuscule table carrée, le roi viking règne à ma droite, une chope de bière à la main. À ma gauche, son compatriote viking : même carrure, plus alcoolisé, même chien. On voit tout de suite qu'ils parlent le même langage guttural. En face de moi, serré entre ces 2 forteresses nordiques, son ami franco-espagnol paraît plus frêle qu'un cep de vigne.
🍺 — Trinquons ! 🍺 — Proost ! Op een goede avond ! → Santé ! À une bonne soirée ! 🍺 — Proost ! 🍺 — Porsche… Encore une !
🍺 — Gezondheid ! → Santé ! 🍺 — Proche à tes souhaits ! 🍺 — Dat we nog veel mogen drinken. → Qu'on boive encore beaucoup. 🍺 — À la tienne Étienne !
🍺 — Porsche 🍺 — Proche 🍺 — Prout… 🍺 — Encore une autre… 🍺🍺🍺
Coincée entre les 2 colosses, je capte la langue viking en stéréo. Pour mes oreilles, c'est un ovni auditif. Mon cerveau gauche tente désespérément de trier cette fusion de sons éclectiques, qui coexistent de façon parfaitement incongrue. Tandis que mon petit malin de cerveau droit essaie de réprimer un fou rire, déclenché par le vibrato comique de cette langue viking.
Et moi, au milieu, coincée entre les voix de 2 Vikings déjà bien éméchés, je suis submergée par ce brouhaha, à la musicalité improbable. Habituée au silence méditatif, je tente désespérément de rester focus, pour lire sur les lèvres du méditerranéen. Mais sa voix, inaudible, est recouverte par leurs sons incompréhensibles.
En traductrice improvisée, j'essaie vainement de convertir les métaphores du petit Espagnol en anglais approximatif. Mais son accent du Sud à couper au couteau transforme chaque mot en défi auditif. Dans ce capharnaüm multilingue, je fais un effort considérable pour essayer de comprendre ce que je capte, et de traduire 1 mot sur 2, tandis qu'il met 3 plombes à finir sa phrase.
On dirait Élie Kakou, mais avec l'accent de Cabrel. Il a pris le chemin de traverse dans la garrigue, et a fini par suivre le sentier des contrebandiers. Il court après les papillons sans jamais en venir au fait. C'est long, détaillé… ennuyeux à souhait.
Le Viking est complètement largué. Habitué au langage direct, aux ordres et aux onomatopées, il s'impatiente à vue d'œil. Autoritaire, il n'arrête pas de me couper sans sommation, et me fait définitivement perdre le fil de ma traduction. Il exige que je traduise sur-le-champ ce qu'il veut dire au petit gringalet. Il m'a prise pour Google Translate ?
Je veux bien, sauf que j'assiste, impuissante, à un véritable dialogue de sourds, entre 2 conversations parallèles, qui n'ont absolument aucun lien entre elles. D'un côté, le poète bucolique suit la rivière de ses idées. Absorbé par la poursuite d'une libellule, il a oublié où il va. De l'autre, le Viking en alerte rouge est au bord de l'implosion et tourne en boucle en état d'urgence interne !
Lui — Traduis tout de suite, c'est un ordre ! J'attends sa réponse !
Tiraillée entre les 2 zigotos, à vouloir ménager la chèvre et le chou, je ne sais plus où donner de la tête. De plus en plus oppressée par la pression que me met le Viking, je me sens totalement inefficace. Le Viking affiche un visage de porte de prison. Son regard fume, ses oreilles sifflent, il montre tous les signes d'impatience. Je crains que sa bombe à retardement n'explose sous nos yeux.
Pendant ce temps, le poète hispanique a pris la tangente avec la clé des champs. Il saute d'une idée à l'autre sans jamais toucher terre. J'essaie désespérément de l'interrompre, mais il ne me laisse pas en placer une… Il faut dire qu'il n'a pas inventé la roue.
Alors en attendant qu'il se réveille de son joli rêve, j'en profite pour savourer une bouchée de ma dorade grillée. Le temps de baisser la tête vers mon assiette, le Viking numéro 2 à ma gauche me chuchote à l'oreille…
Le vik n°2 — Well, I'm sorry, but I think he's gone.
Je tourne la tête à droite, le Viking a disparu ! Il est parti sans prévenir, comme un ado vexé, qui fuit en silence dans son char.
Je m'excuse auprès du Franco-Espagnol qui vient enfin d'atterrir parmi nous ! Sans comprendre notre affolement général. Je balbutie que je dois filer et fonce à toute vitesse rattraper le Viking, juste avant qu'il ne disparaisse. À bout de souffle, je saute dans le char du Viking en fuite et le regarde éberluée :
Moi — Mais qu'est-ce que tu fais ?!
Et là il me sort — Tu mets trop de temps à traduire… Tu me caches des choses… Tu me manipules… C'est humiliant… Alors je m'en vais !
Moi (interloquée) — What ??? C'est un poisson d'avril ? Je cherche la caméra cachée. Mon sang ne fait qu'un tour.
Moi — Tu es sérieux ?!!! Je n'ai pas pu finir ma dorade parce que “le traducteur était trop lent” ? Alors tu m'accuses de haute trahison ! C'est une blague ? Mais qu'est-ce qui va pas chez toi ?
J'explose ! — Monsieur fait sa crise de parano et fuit en char motorisé faire sa grande vadrouille ! Allô Allô ! Listen very carefully, I shall say this only once ! “À petite méfiance, gros soucis” là quand même ! Oh Hé ! Ça pue la parano à plein nez, ta suspicion sent le poisson pourri ! C'est quoi cette histoire, encore ? Ton esprit tordu te brouille la vue. Tu nages en plein délire. Sors de ton drame psychologique “marée noire”, parce que là, tu pêches au gros conflit XXL, je te le dis, et tu viens de faire une sacrée prise ! “Les dents de la mer” de la discorde ! La “guerre en eaux troubles” ! Je n'en peux plus de tes crises de calcaire ! Tu es trop flippant ! Va t'acheter un home projecteur pour te faire tes films. Et arrête de projeter ton cinéma et publicité sur moi !
Et quand vas-tu régler ta blessure de trahison avec ta mère ? C'est normal qu'elle t'ait manipulé, quand tu avais 6 ans soi-disant, mais que ce soit moi qui trinque ad vitam æternam ?! À 50 ans passés ? Je ne suis plus d'accord ! C'est fini de payer les pots cassés pour les blessures des autres. Je n'y suis pour rien, moi ! Alors fais ton job et règle ton problème ! Ça a assez duré comme ça. Merci !
Et arrête de vouloir tout contrôler, alors que tu n'as pas une seule once de patience. Je n'ai plus un seul moment de paix ! Marre de tes réactions ! Si tu veux faire dans l'absurde décalé, fais de l'humour, au moins j'aurais de quoi me marrer !
Et surtout arrête l'alcool ! Ça t'anesthésie le cerveau ! C'est moi que tu opères à vif là ! Quelle torture ! Je ne supporte plus ta pression, ton contrôle et tes crises de panique. Je ne vais pas me sacrifier pour répondre aux caprices de Sa Majesté le Roi Soleil. Fallait me laisser finir ma dorade en paix !
Et n'essaie même pas de me couper la parole ! Et encore moins de me regarder dans les yeux, car je te préviens ! Et je ne rigole pas, je suis le miroir de ta colère, qui amplifie la mienne, alors…
D'un coup, se transforme en une voix d'outre-tombe qui résonne comme le tonnerre ! Crains la colère des Dieux vikings réunis en un seul être innocent ! Par défi il me regarde !
Moi — Trop tard, je t'avais prévenu ! Je ne réponds plus de rien ! Malheur au Viking qui a déclenché mon courroux ! Je bous de rage, le feu dans mes veines sous la pression, et déclenche une montée de lave. Ma fureur sourde bat dans mes tempes. Il a réveillé la bête : le démon de la colère primitive me submerge.
Le Viking me regarde comme s'il voyait un fantôme.
Trop tard, le volcan explose !
De mémoire de Viking, il n'a jamais rien vu de tel : une explosion cataclysmique, la plus grande éruption de l'époque moderne, responsable de l'année sans été.
Je n'ai plus de patience, plus de limites, plus de contrôle. Je suis dans une colère noire. Je suis comme… possédée ! Tous les dieux vikings se sont emparés de mon corps et hurlent à travers moi.
— ODIN, Dieu suprême, maître de la guerre, sème la destruction. Sa fureur frénétique se déchaîne, le Vésuve déborde et submerge tout sur son passage !
— THOR, Dieu du tonnerre, combat avec son marteau Mjöllnir et sème le chaos parmi les géants tyranniques : les peurs et les injustices ! NON ! STOP à toutes tes projections qui m'empoisonnent la vie ! L'exaspération emporte tout sur son passage. C'est la mort des illusions.
— TYR, le Dieu du courage et des combats héroïques, brûle en moi et réclame justice. Une vraie tornade en furie. Mon indignation s'enflamme et fait des ravages.
— FREYJA, Déesse de l'amour et guerrière redoutable, envoie un cyclone de force 5, un tsunami incontrôlable. Je suis en transe… mon courroux éclate comme le tonnerre. Ma colère divine se déchaîne.
Je mène mes guerriers au combat, HILDR, EIR et les VALKYRIES. Ma rage aveugle détruit toute peur. Je suis hors de moi.
Le Viking comprend que je reflète sa colère et la multiplie. Il ne peut plus rien faire. Plus rien ne m'arrête. S'il me regarde dans les yeux, il sera consumé. J'incarne la force animale de la nature entière, la puissance des bombes nucléaires. Je suis en pétard et je hurle mon cri de guerre sans discontinuer.
Alors, il fait des allers-retours le long de la mer, dans son char d'assaut, toutes vitres blindées, pour atténuer le bruit. Malgré ça, à chaque fois que le char passe, les badauds sursautent à cause de la puissance de la radio. Les passagers écoutent du hard rock à fond. Ils doivent tous être ivres et drogués ! Ils font boîte de nuit à l'intérieur, vu les lasers, les vitres fumées, la condensation sur les vitres…
Le Viking a dû vider la moitié du réservoir, mais c'est du GPL, il a assez de réserves pour tenir le temps que je me calme… Mais je ne peux pas me calmer. Mon cerveau reptilien se transforme en Kali, la déesse hindoue. Ma drama queen à 10 bras lutte de toutes ses forces pour poser ses limites, détruire l'ego et bénir la paix. Gare à celui qui osera m'affronter, la mort sera son seul salut !
Je suis en rogne, furax, vénère, j'ai pété un câble ! Je suis prête à tout détruire pour vivre en paix, même notre relation, s'il le faut. Tant pis, si je dois tout anéantir pour stopper tes conneries. Je ferai tout pour défoncer tes systèmes de défense et pour retrouver mes verts pâturages, où je peux brouter en PAIX ! Connard !!!! … … Un silence de braise résonne sans discontinuer dans mes tempes. L'atmosphère tout autour de moi… est incandescente. Mes flèches de feu ont transpercé la tôle du char comme un hérisson et vibrent encore. Ouf ! Ça fait du bien !
Les passants regardent ce gros oursin fumant qui tremble encore. Personne n'ose s'approcher, de peur qu'il n'explose… Le réservoir est à sec, le char avance en roue libre, comme on revient de la guerre en couinant… C'est le seul survivant !
Dimanche c'est Show !
Le journaliste — Es-tu plutôt intuitive ?
L'auteure — Je suis plutôt comme une feuille d'arbre à la lumière : photosensible aux humeurs des autres.
Le Viking — Oui, tu es très influençable. Contrairement à moi ! Mais parfois, j'apprends en te regardant réagir.
L'auteure — Ah oui ? Eh bien, ça c'est une première ! J'espère que vous l'avez enregistré ? Ce sera dit, répété, et amplifié !
Le Viking — Non sérieusement, tu détestes les conflits, la plupart du temps ça m'énerve… Mais je dois avouer que parfois, tu calmes le jeu. Je t'ai vue faire… Tu aurais pu être diplomate ! Enfin, si tu ne pétais pas les plombs de temps en temps.
Le journaliste — Mon cher Viking, parle-nous de cette dispute.
Le Viking — Oh, je m'amuse beaucoup à la titiller, j'adore faire “ma drama queen” pour la faire vriller, ça me fait rire ! Mais vu qu'elle m'a suivi, je sais qu'elle m'aime, c'est la preuve ! Alors je suis bien élevé sous mes airs de gros dur. Je suis très gentil avec elle, quand elle se met en colère, je ne veux pas lui faire de mal ! Elle est plus fragile qu'un morceau de nacre, je pourrais la réduire en poudre entre le pouce et l'index si je voulais, alors elle n'est pas vraiment un problème pour moi ! Du coup j'évite de la toucher, c'est ma chérie !
L'auteure — Encore heureux ! Il ne manquerait plus que ça ! Très gentil de me virer de ton drak-car, de mon job, de m'empêcher de dormir pendant des mois et de déguster ma dorade, avec tes crises de parano. Tu es le plus gentil flippé que je connaisse, tu es un ange ! Un demi-dieu ! À tomber ! Alors tout va bien, y'a pas de problème.
Le journaliste — Et toi, comment vis-tu les disputes ?
L'auteure — Oh moi, en général, j'évite le conflit, et quand ça arrive je culpabilise trop, par excès de compassion.
Le Viking — Oui, je l'oblige à se disputer pour l'hygiène, je suis son maître d'armes en quelque sorte, mais dès qu'elle m'envoie un skude, elle passe tout son temps à répéter — “Oh, mon Dieu ! Oh, mon Dieu ! Je suis vraiment désolée !”
L'auteure — C'est parce que si tu pousses le bouchon trop loin… je risque d'exploser, sans aucune garantie que tu survives… Alors je contrôle mes réactions. Mais là ça me dépasse…
Le Viking — J'ai vu ! Tu es une vraie bombe à retardement, tu amplifies mes émotions, comme un miroir déformant ! Bonjour la déflagration ! Alors tu penses, comme je me régale ! Faut la voir : “Le mouton se transforme en dragon”. Personne ne me dit jamais stop à moi ! Mais toi, tu ne te rends pas compte que je suis un demi-dieu !
Alors, du coup, tu ne te laisses pas faire ! J'adore ça ! J'ai enfin une rivale avec qui jouer ! Ça me change des petits joueurs qui baissent les armes en me disant “je déclare forfait mon seigneur” ! Toi tu es vaillante, j'adore ça ! Good girl ! Tu ressembles à William Thatcher en femme dans A Knight's Tale.
Le journaliste — Et toi, que peux-tu dire de ton personnage ?
Le Viking — Moi ? Monologue, drame. Je projette mes peurs. J'interprète de travers, j'imagine des complots, des calculs, des mensonges. Dès que je me sens exclu, dévalorisé, je pars ! De colère ! Vexé comme un pou, je me ferme comme une huître, fuite à répétition. C'est plus fort que moi.
L'auteure — Tu as besoin d'attention. Ton ego prend toute la place. Tu veux être vu, t'as pas grandi, t'as toujours 6 ans, incapable de supporter la frustration, hypersensible, tu rejoues le même film de ton enfance en boucle, mais ça ne marche pas avec moi ! Tu confonds, je ne suis pas ta mère !
Le journaliste — Et toi, tu nous fais une petite crise de calcaire ?
L'auteure — Je veux juste profiter de ma soirée, finir ma dorade en paix ! J'aime manger chaud, pas les conflits tièdes. J'ai trop de stimuli, trop de pression, avec mon franglais, je bugue. Et comme personne ne m'écoute, je lâche prise, et j'en rigole ! Du coup, je ne comprends vraiment pas sa réaction injuste et totalement absurde ! Je ne complote pas, je n'organise pas un coup d'État ! Mais là, il va trop loin ! Il me vole ce que j'ai de plus sacré : mon hamac ! Mon seul moment de paix, alors j'explose.
Le journaliste — Et son ami le Viking bis ?
L'auteure — Lui c'est le bouton déclencheur ! Il cache bien son jeu, il joue sur 2 tableaux, il divise pour mieux régner. Il dit au Viking que j'exagère, parce que je lui demande de réduire sa consommation de bières ! Alors, il élimine la fille qui l'empêche de boire avec son pote, pour sauver l'alcool. Et il me fait croire qu'il me prévient, alors qu'en réalité, il m'avertit. Si je continue à les empêcher de boire, il va me faire virer, et il observe le résultat tranquille dans son coin, vu de l'extérieur.
Le Viking — Pas du tout, il culpabilise, il est impuissant, il est pris de court, il ne s'attend pas à mes réactions incontrôlées.
L'auteure (dubitative) — Hum… peut-être… que c'est un peu des 2 ? C'est vrai qu'il a l'air un peu dépassé, le pauvre… Mais vu que, 2 semaines plus tard, tu l'as carrément accusé de te faire boire et qu'il est parti fâché, il n'y était peut-être pour rien finalement… ça serait très plausible que tu te sois servi de lui comme excuse, pour boire à l'excès en rébellion contre moi, qui travaillais trop…
Et voilà comment je fais mon analyse de personnage…
Le journaliste — On adore l'ami franco-espagnol : un vrai poème !
L'auteure — Ah oui, lui c'est le bon gars qui veut aider, mais qui ne parle pas un mot d'étranger. Il déclenche une bombe à retardement, sans rien comprendre à ce qui se passe.
Le journaliste — Et si c'était à refaire, tu ferais quoi ?
L'auteure — Je choisirais le poisson sans hésiter ! Il ne me fait pas de scènes lui ! Je suis gentille, mais pas suicidaire. Je finis ma dorade, tranquille, faut savoir prioriser dans la vie. On ne règle pas les conflits l'estomac vide.
Le Viking se lève pour bouder. Parfait. Qu'il aille faire sa moue dans son coin. Rien de tel qu'un Viking silencieux pour savourer un bon repas. Puis je prends mes affaires et je dors chez ma sœur. Au moins avec elle, c'est air pur, zéro drama, pas de crise diplomatique. Le bonheur !
Ensuite, j'envoie un télégramme de l'ONU, légèrement piquant : Restons factuels. Stop. Tu as dépassé mes limites. Stop. Je ne suis pas ton ennemie. Stop. Tu me respectes. Stop. Si tu as un souci, tu me parles calmement. Stop. On passe un bon moment, pas de crise de parano d'ado vexé. Stop. Alors respire et gère ton ego. Stop. Et laisse-moi en dehors de tes films de guerre. Stop. Je veux la paix. Stop. Tu valides ou je m'arrête. Stop.
Le journaliste — C'est ferme, et s'il n'est pas d'accord ?
L'auteure — Alors c'est simple : Stop. Qu'il vive heureux avec sa paranoïa et sa suspicion. Bonne chance ! J'ai toujours choisi la paix et l'harmonie. Je reviens à mes bases, la tension retombe et lui avec, de son piédestal, au pied de mon estime.
Le journaliste — Et comment sont-elles en vrai ?
Le Viking — Oh elles sont géniales ! Leur monde est un festival de blagues. Elles ont grandi dans le Sud avec des parents pieds-noirs. Il y a toujours de la joie, des rires et un profond soutien en même temps. Elle ne se laissait plus faire ! Du coup, elle me disait non, à moi ! Finalement j'aimais bien. Alors, j'ai adoré traîner avec les 2 sœurs, écouter de la musique live ensemble, pieds nus dans le sable. Je me sentais très cool !
L'auteure — Pfff… Je ne sais pas pourquoi ils sont venus me chercher ? Peut-être qu'ils pensaient que j'étais la bonne candidate ? Il faut dire que tout au long de ces années, j'ai toujours été la moelleuse hésitante. Le Viking pensait que j'étais restée cette gentille vieille fille. Mais j'étais devenue beaucoup plus assertive ! On a accumulé plus de chutes que de film, à force d'attraper des fous rires avec ma sœur ! Parfois, on a dû refaire les scènes 10 fois. Nos parents sont pieds-noirs, rire c'est notre hygiène de vie. On a notre cocktail d'hormones tous les jours ! On est bien quand on rigole, tout se calme sans qu'on sache pourquoi… Le stress s'en va, sans dire au revoir. La douleur fait ses valises, bye bye ! Alors on a envie que ça continue, on entretient l'autodérision tous les jours, c'est notre remède anti-déprime.
Le Viking — Oui, c'est étrange, elles ne semblent jamais se disputer. Ce sont des nanas très cools, qui ressentent les choses… elles sont très intuitives et branchées écoute de soi. Je les aimais bien, elles étaient aux petits soins. Elles mettaient toujours un hamac pour faire la sieste entre les prises, avec une bière fraîche. Sauf qu'elles la remplaçaient par du thé glacé, burk !
L'auteure — Je prends toujours mon hamac pour faire des micro-siestes entre les prises, pour recharger mes batteries sans m'épuiser. Quand j'ai besoin de dormir, je me repose pour avoir de l'énergie dans la durée, tourner, jouer, écrire, c'est du boulot ! Alors je prends soin de moi sur le tournage ! Je suis la réalisatrice de ma vie avant d'être celle du film, alors, mon hamac c'est sacré ! Et j'offre aux autres un moment de paix !
Le journaliste — Est-ce qu'elles maîtrisaient la langue viking ?
Le Viking — Pas du tout, on a eu de sacrés quiproquos ! On a tourné les scènes avec mon pote la Hache, et vu que je suis un demi-dieu, on s'est dit qu'on était merveilleux, alors on est allés les voir pour leur demander — Qu'est-ce que vous en pensez ? Elles étaient charmantes, elles ont dit à la Hache — C'était très… décourageant… Et à moi — Tu vas t'améliorer… C'était censé nous remonter le moral. Mais on a du savoir-vivre, la Hache les a encouragées à parler viking, il a fait en sorte qu'elles apprennent vite. Leurs parents étaient là en renfort, pour surveiller que tout se passe bien et donner des conseils. Leur mère est un vrai cordon-bleu ! Elle adore rendre service et faire plaisir aux autres. On a mangé comme des rois ! Elle cuisine à merveille, toute l'équipe raffolait de ses cocas, ses riz à l'espagnole, ses osso buco, et ses blanquettes de veau… un régal ! On n'avait jamais rien mangé de pareil. On jouait notre rôle à merveille, parce qu'on ne voulait surtout pas rater l'heure du repas. Et comme sa mère est une horloge, on était bien réglés. Faut dire que chez les Vikings, la cuisine est beaucoup moins raffinée !
L'auteure — Papa râlait parce qu'il devait manger des soupes de légumes le soir, car maman gardait toujours du rab pour la Hache et Vik le King, ils l'adoraient !