Titre du roman : Le Hamac et les Colibris
Chapitre 20 bis — Pourquoi ici et pas ailleurs ?
par Karine Baridon
Un roman plein d'autodérision et d'humanité, à lire et à écouter gratuitement, en texte, en audio et en e-book. Tous les chapitres sont offerts.
L'interview, basculée ici par décision de l'auteure.
Ouvrir la carteAu chapitre 6 par exemple ? Oui, pourquoi ? Hein, pourquoi ?
Cher(ère)(s) ami(e)(s) lecteur(rice)(s), au vu de la longueur du chapitre 20, l'auteure a décidé unilatéralement, contre toute logique éditoriale et toute attente du public, de basculer l'interview dans l'addendum : 20 bis. Veuillez l'excuser d'avance pour de tels désagréments. L'auteure reconnaît son incompétence, et pour compenser la gêne occasionnée, elle affirme avoir agi, dans l'intérêt de tous, pour votre confort visuel de lecture.
Et pour répondre à votre question, l'auteure a déclaré (je cite) :
— Parce que je fais c'que je veux ! Après tout c'est mon livre ! Je suis libre !
Le Viking — Surtout si personne ne te lit !
L'auteure — Certes. Si tu as quelque chose à redire, prends la plume ! C'est l'avantage d'écrire ! On est libre !
L'auteure (au lecteur) — À ce propos, j'ai quelques suggestions, si ça vous intéresse…
Dimanche c'est Show !
Le journaliste — C'est un peu le spa contre le couteau suisse. Vos besoins sont très différents, j'ai l'impression ?
Le Viking — Pour moi c'est un peu comme un jeu de rôle grandeur nature. J'ai été bien entraîné, avec les berserkers. J'ai l'habitude de survivre dans des conditions extrêmes. J'aime relever des défis, je fonctionne par bravade.
L'auteure — Je ne survivrai pas en glaçon dans ton cocktail, mais avec un glaçon dans mon rosé, au soleil. Je me méfie de ton éducation à la dure. Avoir un minimum de confort ne veut pas dire être faible (le pire mot du dictionnaire pour toi !).
Tu sais ce qui est faible ? Ta longueur de vue ! Et toc ! (Merci maman.)…
Le journaliste — Vous deux, c'est un peu le yin et le yang, quel contraste !
Le Viking — Je teste juste des limites, pour voir si elle reste avec moi, malgré l'inconfort.
L'auteure — Tu m'imposes tes vacances de conquête, me fais passer tes rites de berserker, juste pour te rassurer sur ta virilité ? Et moi, naïve, je me fais toujours avoir à ton jeu !
Je ferais tout pour te prouver que je t'aime. Mais pas cette fois, désolée, trop froid pour moi.
Le Viking — Je veux juste partager ma vision grandiose de la nature avec toi !
L'auteure — Ta nature, c'est un champ de glace à -30 °C !
Je ne m'appelle pas Guillaumet dans Terre des hommes.
J'adorerais voyager avec toi autour du monde, mais je me protège des températures extrêmes. Restons dans des températures corporelles, 37° à l'ombre, ça me va bien.
Un simple petit voyage à deux, tranquilles, sans chichi tralala, c'est très bien : plaisir partagé et respect mutuel au menu, succulent !
Le journaliste (il rit) — Il manque un peu d'empathie, non ?
L'auteure — Disons qu'il a tendance à confondre ses envies avec les miennes.
Il m'impose son fantasme, à son rythme !
Ce n'est pas notre projet, il décide sans me consulter…
Tout ce que j'aime ! Et après on se demande pourquoi je suis célibataire !
Je suis une yogi, pas un de ses compagnons de drakkar.
Mais je tiens tellement à lui ! J'adore son côté aventureux, tellement charismatique !
Le Viking — Tu es faible, tu ne m'aimes pas !
L'auteure — Et ben, on n'est pas sortis du sable ! comme dirait Guenièvre.
Tu es au courant que l'amour inconditionnel n'impose rien ?
Encore moins la version trash, par intérêt personnel ?
Et ça marche dans les deux sens !
Je ne suis pas une chochotte ! Je pourrais te suivre dans ton projet glacé, aller me geler les miches dans ton Nord Ultima. Avec un logement chauffé, une douche chaude et un duvet à chaque étape chez l'habitant ou proche d'autres humains (en cas de repli). Je suis non-violente (envers moi-même), et je l'assume (pour nous deux). C'est non négociable.
Le Viking — Je refuse !
L'auteure — Pas de problème, j'irai faire mes bains froids dans la mer, en attendant ton retour de ta conquête glacée. Profite bien de ton aventure extrême, pendant que je me protège du (Roi) Soleil.
Le bloc cuisine
Le journaliste — As-tu apprécié la cuisine viking ?
L'auteure — Dans l'intérêt d'une transparence totale, je veux révéler que dans le Sud, nous sommes aussi supporters de bonne bouffe, mais on ne soutient pas le même camp. […] Des oursins, y'en a partout, y'a qu'à se baisser pour les ramasser — et pourtant ces géants n'en mangent pas, le sol est trop bas !
Lui — C'est normal, on s'en sert de projectile contre les monstres marins, si on touche l'œil c'est gagné ! Le truc avec la cuboméduse géante c'est qu'elle a 24 yeux ! C'est une méduse tueuse, extrêmement venimeuse, on la surnomme la méduse boîte, car si elle te touche tu finis les pieds devant.
Le seul moyen de l'avoir c'est de lui lancer des oursins dans les yeux ! Il faut une armée de drakkars pour l'encercler. On glisse un filet sous ses tentacules géantes et au signal on s'éloigne dans toutes les directions pour tendre le filet et la soulever hors de l'eau, alors on lui balance nos cargaisons d'oursins ! Comme elle est un peu vénère, parce qu'elle n'a pas demandé de séance d'acupuncture, elle nous avale tout crus, mais elle déteste l'odeur du viking, ça la fait régurgiter, du coup je m'occupe des victimes qui ont perdu des membres ! C'est comme ça avec les monstres marins ! Tu luttes ou t'es mort !
La méduse boîte est un monstre bien de chez nous, des générations qu'on la traque. Elle se défend, c'est de bonne guerre. Elle est presque sympa, pour un monstre, rien à voir avec les octopus nucléaires des Terres Brûlées, avec eux, soit t'es mort, soit t'es roussi ! Je sais pas lequel des deux est le pire ?
Note de bas de page : Cuboméduse : ou méduse boîte. Alias celle qu'on ne peut pas regarder dans les yeux. Periculum mortis ★★★★★
Moi — Et avec tout le bon poisson frais qu'ils ont, ils le font fermenter, va comprendre ! C'est dégueu !
Lui — Oui, c'est vraiment terrible le Haring, j'avoue ! Une abomination. On le mange en le tenant par la queue et en le gobant par la tête, comme un phoque ! Ça tient au corps pendant le siège de la méduse boîte : pas le temps de cuisiner, faut se relayer.
Moi — Tout le savoir-vivre viking, une cuisine raffinée, toute en délicatesse ! Et je comprends mieux pourquoi il peut tenir un siège de 6 mois, sans faiblir ! Bref, personnellement, je préfère les broodje kroket, des croquettes de ragoût panées dans du pain mou. C'est délicieux avec une bonne bière fraîche ! On dirait une bouchée de béchamel, ça me rappelle la cantine.
Mais ce que je préfère, c'est les drop, j'adore ces petites gommes noires au chlorure d'ammonium, qui ont goût de pneu trempé dans l'eau de mer.
Lui — J'en raffole depuis que je suis enfant. C'est ma madeleine de Proust ! J'en emporte toujours en drak-car, je ne peux pas m'arrêter d'en manger.
Moi j'adore cuisiner ! Je fais très bien la frikandel, saucisse, mayo, curry, oignons hachés, et choux de Bruxelles, c'est délicieux !
Après l'émission je vous invite boire un kopstootje glacé : un coup de tête, ça nettoie les sinus et la mémoire. On redeviendra copains comme cochons !
Le journaliste — Quelles sont les spécialités culinaires de ta famille ?
Lui — Ma mère vient du Royaume des Mers Renversées. Elle aime tout ce qui a trempé dans la saumure, la graisse ou l'ammoniac, c'est comme ça qu'on conserve la pêche chez nous. Sa spécialité c'est le lutefisk, la morue séchée à la soude caustique, avec des pommes de terre au beurre, pour oublier sa texture en gelée.
Mon père préfère tout ce qui a fermenté, ou survécu à un hiver sans feu. Il adore le hákarl, du requin du Gros Noland, qu'il pêche dans l'océan, aux pieds des falaises noires. Il le fait fermenter pour éliminer l'ammoniac de sa chair toxique. Il me forçait à en manger, quand j'étais petit, je retenais mon souffle. Quand ça a une odeur de fromage pourri, c'est pour les enfants. Les adultes attendent qu'il ait une odeur de cadavre, pour le manger, mon père trouve ça délicieux.
Il ne part jamais guerroyer sans sa cargaison de surströmming, du hareng fermenté en boîte. Ça a un goût d'apocalypse maritime. L'odeur est si terrible qu'on l'ouvre dehors sous l'eau. Bien sûr, il garde la moitié du drakkar, pour ses réserves d'aquavit, la boisson officielle des Vikings, l'alcool de pommes de terre aux épices qui accompagne tous nos plats fermentés. Après 2 verres, tout paraît mangeable. Ça peut assommer un ours, c'est fait exprès. Comme ça quand on dort, on ne sent plus l'odeur de pet qui nous précède, les villageois s'enfuient en courant dès qu'ils la sentent. On a conquis pas mal de territoires avec cette stratégie d'attaque !
La famille 3 — la fabrication du livre et l'appel au lecteur
Le journaliste — Comment fais-tu l'analyse de personnages ?
L'auteure — Oh, j'ai peur d'ennuyer tout le monde avec mon classeur d'analyses de personnages. C'est parfait si tu veux t'endormir vite. Mais si tu y tiens.
Pour moi, l'analyse de personnage, ça ressemble à… un petit poussin… plein de merde ! La partie qui a peur est souvent recouverte de couches de caca qu'il faut nettoyer… et ça ne sent pas très bon !
J'aime bien comprendre, mais pour en rire, pas pour en pleurer ! Et comme je n'ai pas le talent des humoristes, je fais l'équilibriste entre autodérision et profondeur. Mais parfois, je me casse la figure, et c'est très gênant… surtout pour moi ! Exactement comme les Gibis sur leur planète toute plate. Quand ils étaient trop nombreux, la planète penchait, et parfois ils tombaient. C'était très gênant… surtout pour les Gibis !
Bref, à un moment donné, c'est plus fort que moi, j'ai toujours la petite voix de la Linea dans ma tête, qui tire la sonnette d'alarme en râlant :
La Linea — Regarde-moi ! Si je tombe, je me relève ! Pas la peine de tout transformer en plomb ! Fais-le rire, c'est l'essentiel !
L'auteure — Alors je me dis : Ok ! Adios, mes classeurs !
Cling ! Révélation ! Je vais faire des interviews à trois voix ! C'est beaucoup plus drôle pour prendre du recul, trouver la nuance et montrer nos contradictions, surtout quand on se ment à soi-même. Ce qui n'arrive qu'aux autres, évidemment.
La Linea — … Et tellement modeste, avec ça !
Notes de bas de page : Les Shadoks, de Jacques Rouxel · La Linea, d'Osvaldo Cavandoli, 1971.
Le journaliste — Hum, ça a l'air délicieux, on dirait un menu enfant ! Transition parfaite pour ma prochaine question à Coraline, je crois que tu encourages les lecteurs à jouer comme les enfants !
Moi — Oui, c'est tout l'intérêt du bouquin ! Les enfants adorent inventer des histoires ! On est tous de grands enfants, les créateurs n'ont pas d'âge… On peut se servir du roman pour créer, c'est pour rire ! Les enfants savent très bien faire ça. On s'amuse à faire semblant, on dirait qu'on serait… et hop c'est parti mon kiki ! Essayez, à vous de jouer !
C'est comme un bouquin que j'adore, Les Secrets de la prestidigitation et de la magie de Robert-Houdin. Ce grand magicien du XIXe siècle qui transformait les lois de la physique en tours de magie pour émerveiller les enfants curieux qui voulaient comprendre, et demandaient mais comment ça marche ? et s'amusaient à leur tour, à faire des tours de magie en comprenant la physique en même temps ! C'est du génie !
C'est ça que j'aime : créer en m'amusant, pas de théorie, juste jouer à : et si… je créais ceci…, et si on créait cela…, et c'est parti mon kiki ! (2e round). Ça part d'une envie, d'une idée, d'un projet à réaliser. Le mien, en ce moment, c'est de m'amuser en créant ce bouquin. Et j'apprends en faisant !
Avec les lecteurs, on s'amuse à inventer des histoires. Je prends des exemples dans La grammaire de l'imagination de Gianni Rodari, et… ça marche à tous les coups, tout le monde rigole. Quand je vois leurs sourires, c'est gagné !
Ou je me dis : faisons comme Jean Yanne avec son dictionnaire des mots que y'a que moi qui les connais. Dès que je l'ouvre, je ne peux pas m'empêcher de sourire.
C'est comme dans le film New York Mélodie. Ils écoutent plein de musiques différentes, je trouve ça génial. Ils n'ont pas de moyens, mais ils ont des idées, alors ils créent. C'est pour ça que j'adore ce film. Tout les inspire, et moi aussi, c'est le même principe, se laisser inspirer ! Et quand j'écoute Stevie Wonder, je suis comme eux, je ne peux pas m'empêcher de danser !
Ça me rappelle un peu Déclic, ou Vision On en anglais, l'émission de mon enfance. Créer quelque chose, à partir de rien, je trouve ça magique !
Et puis j'aime bien mélanger les genres, j'aime vraiment cette friction, entre des univers qui n'auraient pas dû se croiser, comme le Viking et moi, ça rend les choses plus intéressantes… après libre au lecteur d'aller confronter 2 mots pour voir ce que ça donne. Moi, je veux juste partager ce qui me fait vibrer, le mélange des genres rend les choses vivantes et drôles. Pareil dans Kaamelott ou les Monty Python, ou dans ce film, Chevalier, j'adore l'idée de mettre de la pop rock, We Will Rock You et We Are the Champions de Queen, au Moyen Âge avec des armures de chevaliers. Golden Years de David Bowie, You Shook Me All Night Long d'AC/DC, ou Low Rider de War. L'anachronisme me fait rire, ça me donne une énergie folle.
Ou la bande-son de Shaft, ses musiques dansantes racontent déjà le personnage avant même qu'il parle, la musique c'est un langage universel, tout le monde le comprend, c'est magique. J'adorerais que les lecteurs s'inspirent du roman pour créer leur musique, on ferait un album avec une musique par chapitre !
Tâche 1 · Confronter 2 mots au hasard. Elle existe déjà dans le texte ci-dessus : libre au lecteur d'aller confronter 2 mots pour voir ce que ça donne. C'est la seule phrase du bloc des références qui reste ici.
Tâche 2 · Traduire un plat en viking. N'existait qu'au chapitre 46. Elle vient ici parce que c'est le chapitre des recettes vikings. Le bloc cuisine lui sert de socle, donc les deux restent dans le même chapitre. Texte à écrire.
Le journaliste — Qu'est-ce que tu proposes au lecteur pour s'inspirer de cette scène, par exemple de voyage au Nord Ultima ?
Moi — Si on veut t'imposer un scénario qui n'est pas le tien, pour ne pas geler dans l'histoire des autres, invente ton contrepied. Réplique avec humour et ramène l'autre dans ton univers. Au soleil du Sud, au Nord Ultima, ou ailleurs, à toi de jouer : choisis n'importe quelle scène, écris ton histoire et publie-la, qu'on en profite ! (la galerie de joyaux imparfaits) ou fais comme Jacob Collier, inspire-toi de ce qui t'inspire et réarrange à ta sauce…
Le journaliste — Ton but n'est pas que de raconter une histoire ?
Moi — Non, moi-je, toi-tu, vous-vous, nous-nous, pour inviter les lecteurs à créer un texte, une image, une vidéo, ou autre invention de leur cru, en s'appuyant sur le roman, ou pas. C'est aussi agréable de lire que d'inventer, de partager ses créations avec les autres et d'échanger de bonnes chutes ! (la galerie de joyaux imparfaits)
Le journaliste — On adore ton idée ! Et tu fais des ateliers créatifs pour promouvoir ton livre ?
Moi — Oui, pour assumer de s'amuser, autant joindre l'utile à l'agréable et utiliser mon roman pour créer.
Comment j'écris, version courte — celle qu'on garde
L'auteure — Tout contrôler tue ma créativité, enferme mon écriture. La magie vient quand j'improvise, dans un cadre.
Le Viking — Quel cadre ?
L'auteure — Respecter mes limites et mes besoins. Alors je lâche prise, je suis l'inspiration, et je laisse faire.
Le Viking — Mais c'est ce que tu as toujours fait !
L'auteure — Ah oui ? C'est possible ! J'ai dû oublier… Enfin. J'avais de beaux restes, c'est revenu assez vite. Fini l'analyse, que le ressenti brut. C'est plus mon style : décontracté, simple, naturel, évident !
Mais je ne peux pas expliquer pourquoi, et je m'en tape ! Pas besoin de tout programmer à l'avance.
Le Viking — Tout s'explique !
L'auteure — Donne-moi une idée, laisse-moi improviser, partir dans tous les sens. Je fonctionne en arborescence : une idée en amène une autre. Ça, c'est mon truc !
Le Viking — Tu m'en diras tant !
Le journaliste — Comment tu avances quand tu écris ton roman ?
Moi — Je fais d'abord sortir les émotions, et j'en ris. J'écris comme ça me descend, je me laisse aller, j'improvise. Ensuite…
Le Viking — Ah tu vas nous refaire tout l'historique là ? C'était juste une question de politesse ! Mais bon, continue… sinon on va m'accuser de te couper !
Moi — Ok, alors après… j'ai eu l'idée d'analyser mes sketchs.
Le journaliste — Tu veux dire, faire l'analyse des personnages ?
Moi — Oui, d'un point de vue psychologique et ayurvédique !
Le Viking — Purée, ça y est tu m'embrouilles ! Je ne comprends plus rien ! Je ne vois pas le rapport ?
Moi — C'est normal, personne ne fait ça ! Mais moi ça m'aide à mieux comprendre quelles peurs se cachent derrière, pour essayer de les dépasser.
Le Viking — Ah ben au moins si ça t'aide, c'est déjà ça de gagné !
Moi — Oui ça m'a aidée à piger que je devais poser mes limites de suite.
Lui — Et tu as mis 1 mois pour trouver ça ? Il fallait me le demander ! Je te l'aurais dit de suite. On s'est assez étripés à ce sujet.
Moi — Ah oui, c'est vrai… mais ça ne me fait pas le même effet quand c'est moi qui le découvre !
Lui — Si tu le dis ! Mieux vaut tard que jamais !
Moi — Mais quand j'ai fini, c'était vraiment plombant !
Lui — Ah oui, tu m'étonnes ! Tu serais capable de transformer de l'or en plomb avec ton sens des affaires légendaire. Je sens qu'on va y passer la journée… ça ne te dérange pas si je me prends une bière ?
Moi — Non, je t'en prie, je disais quoi ? Ah oui ! C'était soporifique, et beaucoup trop répétitif pour moi.
Lui — Tu progresses ! Tu arrives à te saouler toi-même maintenant !
Moi — Anyway, ce qui me semblait être une idée géniale au départ m'a paru mortelle à l'arrivée.
Lui — Ça me rappelle notre histoire. T'es dans une boucle là. Si tu veux être ton seul lecteur, continue dans cette voie.
Moi — Et depuis le grand reset…
Lui — Whaou lourd ! Ça y est, tes derniers lecteurs ont quitté le navire en flammes pour ne pas brûler ! Out !
Moi — Je n'arrive pas à synthétiser.
Lui — Ah eh bien je te rassure tout de suite, ça ne se voit pas du tout ! Mais c'est pas grave, ça fait partie de ton charme. Je te comprends, je connais ça, quand je pars dans mes monologues, j'ai le même problème. C'est un symptôme post-traumatique. Ce n'est pas volontaire. T'inquiète, tu t'y feras. Ne fais pas ta chochotte !
Moi — Du coup, je suis revenue dans mon axe !
Lui — Ah parce que tu as un axe toi maintenant ?
Moi — Oui, j'ai un axe ! … paradoxal… Je vais tout droit… en zigzag. En gros, j'avance couchée. Je bouge en restant immobile. Je tourne autour du pot, ça me stabilise.
Lui — ???
Moi — Bref, tout ça pour dire que j'ai suivi mon intuition ! Et c'est comme ça que j'ai eu l'idée de faire l'analyse de personnage, sous forme de dialogue entre nous, je trouve ça bien plus fun !
Lui — Ah oui c'est sûr, c'est beaucoup plus décontracté ! Pas beaucoup plus clair, cependant, car j'ai vraiment du mal à te suivre… mais sûrement plus barré que tes trucs soporifiques à souhait !
Moi — Ça a été un grand changement pour moi quand j'ai réalisé mon erreur, de penser que j'utiliserais mon classeur d'analyse de personnages…
Lui — Ah ben oui ! Je veux bien te croire, inimaginable ! Une révolution ! Le genre de truc improbable qui n'arrive jamais ! Et comment as-tu géré ? Ça ne devait pas être simple vu l'ampleur des dégâts ?
Moi — Ben j'ai réalisé qu'en fait… je n'avais vraiment aucune idée de comment écrire mon roman.
Lui — Ça, on avait remarqué !
Moi — L'illusion du contrôle absolu, c'est de penser c'est comme ça que je vais le faire, par l'analyse froide, ça enferme mon écriture, et ça me rend moins vivante, tout contrôler, ça tue ma créativité. Je préfère la spontanéité, quand on parle ensemble, je connais mes limites et mes besoins, c'est mon cadre, ça me permet de laisser l'inspiration guider ma répartie et mes répliques… Je pense que la magie de la vie, et de l'écriture, vient du mélange entre improviser, avec un cadre. Alors je lâche prise pour trouver la vérité de la scène, je suis l'inspiration du moment et je laisse faire ! C'est simple, direct et pratique.
Lui — Mais c'est ce que tu as toujours fait !
Moi — Ah oui ? C'est possible ! Mais sans cadre ! J'ai dû l'oublier depuis le grand reset, alors il a sûrement fallu que je réapprenne à suivre mon intuition. Mais j'avais de beaux restes, alors finalement c'est revenu assez vite. Du coup pendant que j'écrivais le livre, j'ai évolué dans mon processus créatif. Je suis passée de l'étape de l'analyse pour revenir au ressenti brut. C'est plus mon style, décontractée, et c'est parfait comme ça : pour moi c'est l'évidence ! J'aime la simplicité. C'est ce qui fait que certaines scènes sont justes et vivantes. Mais je ne peux pas expliquer pourquoi, et je m'en tape. Pour moi, tout programmer à l'avance, c'est comme fonctionner à l'envers de moi-même.
Le Viking — Oui, je confirme, ça, c'est plutôt mon truc.
Moi — Moi, c'est le contraire, je me laisse porter, je suis l'inspiration, c'est comme ça que je m'exprime le mieux. Donne-moi une idée, laisse-moi improviser, partir dans tous les sens, je fonctionne en arborescence, comme les connexions synaptiques, 1 idée en amène 1 autre, ça c'est mon truc !
Lui — Tu m'en diras tant ! Tout s'explique !
Moi — Du coup, j'ai suivi mon chaos créatif, comme toujours depuis le début. C'est là que j'ai eu l'idée de t'inviter ! Faut dire que c'est beaucoup plus vivant avec toi. Et j'adorais l'idée d'inviter le personnage et l'auteur sur le même plateau pour brouiller les cartes, et merci, parce que malgré nos différends, tu as eu la gentillesse d'accepter.
Lui — Oui j'avoue que l'idée d'inviter un demi-dieu sur scène, c'est du pur génie ! Je suis inoubliable ! Et après tout ce temps, c'est plus sympa que de se parler 3 secondes au téléphone et de se raccrocher au nez. Alors qu'on s'aime bien finalement !
Moi — C'est vrai qu'au fond, il y avait quand même eu un vrai truc entre nous ! Avec ton côté enchanteur, il y avait des étincelles ! Tu es tellement charmant !
Lui — Je suis content de savoir qu'on est simplement jaloux l'un de l'autre, mais c'est sûr qu'avec moi comme héros, ton bouquin ne peut que marcher !
Moi — Oui enfin ça, c'est toi qui le dis… Chez moi on dit mektoub.
Lui — Mec quoi ? T'inquiète, je le sens ! Nous les Vikings on est des marchands, on a ça dans le sang !
Moi — Pour toi peut-être, mais pas pour moi, ça ne m'a pas réussi du tout de suivre tes conseils, ça m'a plutôt plumée !
Le journaliste — Et une fois que tu écris tes textes, que tu fais tes analyses de personnages, et que tu as l'idée des interviews, que fais-tu ?
Moi — Après, je fais des liens entre les textes, parce que je ne l'ai pas fait avant… oui je sais, ce n'est pas bien. Alors j'essaie d'en faire 1 histoire cohérente, après coup !
Le Viking — Cohérente ? Mais tu pars dans tous les sens !
Moi — Et puis après, je rajoute le niveau méta…
Le Viking — Bêta ? C'est quoi ça encore ? Plus bête que la première version ?
Moi — C'est tout simple, j'encourage le lecteur à créer lui aussi. Et parfois entre les étapes, j'ai des idées qui me viennent où j'anticipe la suite. Je me dis tiens ! Et si je cherchais à suivre la structure de Vogler ? Et puis j'oublie de la suivre, mais au final, j'ai mes étapes quand même, puisque je fais mon voyage de l'héroïne malgré moi…
Ou bien je me dis ! Tiens ! Et si je cherchais des éditeurs français et british parce que j'aime leur humour, alors je note mes idées, au fur et à mesure qu'elles viennent, pour ne pas les perdre, et je me renseigne plus tard… ou pas !
Le Viking — Pour ne pas les perdre ? Moi tu m'as perdu en tout cas ! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Tu ne peux pas aller droit au but ? 1 ordre = 1 action !
Le journaliste — Finalement, tu apprends en faisant ?
Moi — Exactement ! Je ne décide jamais à l'avance de ce que sera mon roman. C'est plutôt mon laboratoire pour créer, je m'amuse beaucoup.
Le Viking — Ah oui je comprends mieux ! Tu t'amuses en fait ! Bon ben on va te laisser jouer toute seule, pendant qu'on va s'occuper de trucs d'adultes. Moi je veux suivre le match de la guerre entre le Royaume des Plaines-Claires et l'Empire des Terres-Froides, ça c'est grave ! Le voisin le plus grand et armé qui décide d'enfoncer la porte d'à côté parce qu'il prétend que la maison doit lui appartenir. À ce rythme c'est bientôt notre tour ! Et pendant ce temps, toi tu t'amuses avec tes histoires à dormir debout. Et après, c'est moi qu'on traite d'irresponsable !
Moi — Si tu regardes TeleKata 24/24, faut pas t'étonner de faire des cauchemars ! Ça prouve bien que tu es resté bloqué dans ta guerre des Terres Brûlées, et que tu tournes en boucle sur tes monstres marins, alerte danger, boum ! Sinon pourquoi tu regarderais le pire, à longueur de journée ?
Mais je refuse cette violence médiatique, pour préserver ma lucidité ! Je choisis consciemment ce que je veux regarder, il est hors de question que tu me pollues avec TeleKata qui diffuse la violence gratuite 24/24 et joue sur ta peur pour maintenir l'audience. Depuis 30 ans, j'évite consciemment ce genre d'infos, pour préserver ma paix.
Le Viking — Tu refuses de regarder les infos ?
Moi — Je regarderai les infos dès qu'ils changeront de format, et arrêteront de passer 7 mauvaises nouvelles au journal matin, midi et soir ! J'ai compté ! À ce stade c'est plus de la suggestion, c'est de la manipulation délibérée ! Ça s'appelle de l'endoctrinement ! On t'influence consciemment, on ne te montre que 3 % de la réalité, on ne choisit que les catastrophes, et toi tu plonges !
C'est dingue à quel point la violence est normalisée ! Au point que tu veux regarder le match de la guerre entre les 2 équipes… Après on se plaint que les journalistes n'ont plus de boulot, ben, peut-être qu'il faudrait créer de nouvelles infos plus stimulantes pour le cerveau ! Mais ça dépend de l'intention derrière, si on veut te rendre libre, ou con, comme dirait mon père.
Et voilà. C'est comme ça que je fais, au fur et à mesure que j'ai une idée, je la suis, pour la mettre en forme, et sur le chemin, j'apprends plein de choses… pour en faire un bouquin… je ne me mets pas de deadline.
Le Viking — C'est sûr qu'à ce rythme tu n'es pas rendue ! La guerre sera finie que tu y seras encore ! Tu auras terminé quand les poules auront des dents !
Le journaliste — Alors finalement quel est ton but ?
Moi — Je veux juste réaliser ce petit bouquin en chair et en os, enfin, en encre et en papier, parce que je suis hyper tactile, j'aime le toucher, comme ça je pourrais le masser, le caresser, l'annoter, le surligner, le corner, et peut-être même que d'autres voudront aussi l'utiliser, qui sait ?
Le Viking — Tu veux qu'on utilise ton bouquin pour faire un truc avec ? C'est tout vu ! Un bon feu de cheminée qui va durer tout l'hiver !
Moi — C'est toujours mieux que de jouer avec des armes, et après de te plaindre qu'on t'a tiré dessus avec ! Plus y'a d'armes, plus y'a de morts, moins y'a de vies, et ça empire quand on les partage ! CQFD.
Alors que créer, c'est tout le contraire, plus tu crées, plus y'a de vies ! C'est magique ! C'est comme l'amour et l'humour ! Tu pars de rien et tu finis avec 1 livre, 1 tableau, 1 film, 1 plat, 1 bébé, c'est beau ! Et quand on le partage, ça se multiplie ! Créer, c'est du savoir-vivre ! Créer c'est la vie. La vie crée, c'est le principe !
Alors je n'ai peut-être pas la prétention de changer le monde extérieur, ni de tuer tout le monde pour accéder au pouvoir, parce que je ne trouve pas ça très sérieux, mais j'encourage qui le veut à créer un truc sympa à partir de son monde intérieur, juste pour vivre en paix avec soi-même, et peut-être avec les autres, qui sait ?
Alors pendant 5 minutes, tu peux couper ton match pendant la pub, pour regarder les colibris, histoire de changer d'énergie et d'attirer les oiseaux ! Ou alors fous-moi la paix ! Ma paix, c'est sacré !