Le Hamac et les Colibris. Roman de Karine BaridonChapitre 6 — Décalage horaire
Aux heures perdues, mes heures de gloire !
Je m'entraîne à un art martial anglais
Je m'entraîne à un art martial anglais, très difficile à maîtriser pour une Française… être polie : Je suis désolée, désolée, désolée et encore désolée. Pas très courant chez les grenouilles ! La tête sous la guillotine, le Gaulois ne reconnaît jamais ses torts. L'erreur est une faiblesse. L'excuse, une capitulation. Mieux vaut mentir avec arrogance que mourir de honte ! Question d'honneur ! Le Frog ne négocie qu'en position de force et ne s'excuse jamais. Trop risqué pour son ego.
Moi, par contre, je n'ai jamais eu de problème à m'excuser. Faut dire que depuis le coup de Jarnac du géant plus grand que son ego, c'est politiquement imposé !
J'ai appris très tôt, que pour ne pas m'attirer les foudres de guerre de ceux qui, pour noyer leur chien, l'accusent de la rage, il fallait, a minima, que je m'excuse de ce dont je n'étais pas responsable, et accessoirement de qui j'étais, parce qu'apparemment, être moi-même ne conviendrait pas à tout le monde. Logique, puisque personne ne se ressemble. Mais d'aucuns semblent l'ignorer, alors, ça fait des années que je m'exerce à m'excuser :
— Je m'excuse d'être victime de mes peurs, sinon je n'écrirais pas ce bouquin. Parce qu'apparemment, je serais une des rares à m'intéresser à ce qui se cache dans l'inconscient. Pas assez rémunérateur y parait. Aucun intérêt.
— Je m'excuse de regarder les colibris dans mon hamac, pendant que d'autres travaillent, enfin j'en connais qui le font croire, à défaut de me payer pour le mien. Alors, au moins, quand je suis dans mon hamac, ils me foutent la paix.
— Je m'excuse d'écouter le rire des enfants à la mer, au lieu de TeleKata 24/24, Entre sourire et faire la tronche, mon choix est fait !
— Je m'excuse d'écrire les nombres et les numéros, en chiffres, parce que c'est plus facile à lire dans toutes les langues, astuce de dyslexique !
— Je m'excuse de ne pas avoir eu d'enfants, parce qu'une fana de bistouri m'a retiré les ovaires, sans me demander mon avis. Celle-là même qui dort avec la conscience tranquille, et se fout royalement de ma vieillesse prématurée, et des dérèglements hormonaux qu'elle a provoqués. Oui, j'avoue, je suis un peu énervée. De toute façon, elle dort, …
Le docteur — Qu'est-ce que c'est aujourd'hui ?
L'infirmière — Hystérectomie.
Le docteur — On ouvre, j'enlève les ovaires aussi, allez hop ! De toute façon, elle ne s'en apercevra même pas ! La sécu non plus, d'ailleurs, comme ça, je facturerai le double.
L'infirmière — Il faut noter une bonne raison pour ça, docteur.
Le docteur — Mettez en prévention, ça passe toujours. Et ce n'est pas faux, en prévention de ma retraite !
— Je m'excuse de ne pas être en couple, car j'ai pris le temps d'écrire un livre pour me remettre du précédent.
— Je m'excuse d'avoir des courbes voluptueuses, très à la mode dans les années 50.
— Je m'excuse d'être grande dans le Sud, car les hommes m'arrivent aux aisselles.
— Je m'excuse d'être surdiplômée, car en France, on me demande toujours de justifier mes compétences sans jamais les payer, même pas honte !
— Et bien sûr, je m'excuse de m'excuser d'être tellement humble, ça compense !
— Mais par-dessus tout, plus que tout, et surtout, je m'excuse de ne pas être à l'heure ! Car il y a du grand art dans mes retards, sans que j'y travaille beaucoup.
Ce qui n'a absolument rien à voir avec mes parents, les pauvres ! Car dans ma famille, être à l'heure, c'est sacré ! Gravé dans l'ADN.
Maman a l'heure dans la tête
Maman a l'heure dans la tête, avec alarmes intégrées, réveil au plafond, heure d'hiver, heure d'été. Elle a toutes les options. Elle est infaillible, incollable. Il ne peut rien lui arriver. Tout est réglé comme du papier à musique, c'est la cheffe d'orchestre des fuseaux horaires. Son secret ? Le respect des horaires ! Le plus grand stress de ma mère n'est pas de sauter d'un train, d'un bateau, ou d'un avion, ça elle gère ! C'est de ne pas savoir l'heure qu'il est !
C'est héréditaire. Elle tient ça de mon grand-père, moitié Alsacien, moitié Suisse. La ponctualité est la fortune de la famille, un trésor, transmis de génération en génération, plus sacrée que la politesse des rois, la loi universelle qui régit la vie. Tout tourne autour de l'heure solaire. Impossible de vivre en dehors de la gravité temporelle. Sans l'atmosphère chronométrée, tout part à volo.
Le secret de sa puissance ? Un cœur énorme ! Elle adore les gens. Reçoit tout le monde chez elle, s'occupe de tout et de tous, protège sa famille et ses proches, comme une louve ses petits. Elle vit selon des valeurs héroïques : se bat pour ce qui compte, famille, travail, équilibre, aventure, excellence et dépassement de soi.
Perfectionniste, elle fait tout avec talent. Un brin contrôlante, elle sécurise et protège. Sa barre pour garder le cap ? Toujours Le juste milieu ! Esprit critique et bon sens terrien, humour et autodérision, amour et contrôle.
10 jours de retard, Docteur !
Avant ma naissance, maman a passé 9 mois de grossesse, nickels ! J'étais tellement calme, qu'elle n'a pas eu 1 seule contraction. Et puis BOOM ! 10 jours de retard ! Pour la première et la dernière fois de sa vie !
Le médecin se souvient encore de cette belle brune aux yeux verts au regard foudroyant, au sourire éclatant, aux proportions parfaites, toujours impeccable, même après un marathon… Une femme qui ignore superbement qu'on lui dicte sa conduite, et fonce dans l'action avec l'énergie de 10 hommes. Et sa voix ! Un microphone qui couvre tout le monde. Le docteur se souvient encore comme si c'était hier, de cette Athéna moderne qui transforme son cabinet en arène, dès qu'elle entre, Impossible de l'oublier ! Ni de résister à son charme.
Maman — 10 jours de retard, Docteur ! Vous vous rendez compte ! J'ai fait tout ce que vous m'avez dit… Rien ! Alors j'ai sauté sur des tables pour déclencher l'accouchement… Rien ! Ce n'est plus possible, Docteur ! Ça ne peut plus durer ! Si vous n'intervenez pas tout de suite, c'est moi qui vais m'en charger ! Alors faites quelque chose, mais surtout, faites vite !
Avec le retard qu'elle a pris, cette petite, elle ne sera jamais à l'heure ! C'est inadmissible, Docteur ! À cause de votre négligence, je vais devoir être tout le temps sur son dos pour lui rappeler les horaires ! Heureusement que j'ai l'heure dans la tête pour rattraper son retard ! Et dire que je pensais que la France était un grand pays ! Gouverné par des incompétents, oui !
Du coup, pour la faire taire, ils l'ont anesthésiée. Une dose de cheval, pour éviter les risques. Ils avaient besoin de silence pour rester concentrés, sans qu'elle intervienne pour contrôler les opérations.
Je suis donc née par césarienne, 10 jours après terme
Je suis donc née par césarienne, 10 jours après terme. J'étais bien au chaud, tranquille dans mon hamac à regarder les colibris, quand tout à coup… 2 gants géants m'ont sortie de mon songe. Et puis après… plus rien ! Un froid glacial. Un vide existentiel. Je me suis tapé une de ces crises d'angoisse ! Apocalypse Now, en pire. Un vrai cauchemar ! Imagine, maman a dormi 24 heures.
Moi — Oh, eh ! Maman ? Papa ? Où êtes-vous ?
J'étais toute seule dans le noir, à hurler de peur. Des cris stridents et croissants, me frôlaient sans jamais me toucher. Je croyais qu'ils venaient de l'extérieur, c'étaient les miens en fait ! Je me suis fait une peur bleue toute seule ! J'ai tellement crié que j'en ai fait des cauchemars jusqu'à 7 ans. Je ne le souhaite à personne !
Moi — Oh, eh ! Y'a quelqu'un ? J'ai peur !
Mais la nurse stagiaire n'était pas d'humeur… Tout ça parce que son mec venait juste de rompre et qu'elle n'en pouvait plus de m'entendre hurler ! Mes cris stridents ont eu raison de sa vocation de gardienne d'enfants.
La nurse — Tout ça, c'est de ta faute ! Tu n'avais qu'à naître à l'heure, au lieu de nager dans le bonheur !
Moi — … …
Y'a quelqu'un d'autre ?
Mais je n'étais pas dupe… Cette stagiaire n'avait RIEN à voir avec la fibre maternelle de MA MAMAN CHÉRIE À MOI ! Mais voilà comment cette conne a déclenché ma phobie de l'heure et m'a culpabilisée à vie. À 3 heures d'existence, elle m'a fait croire que mes parents m'avaient abandonnée par ma faute.
Heureusement, MES PARENTS NE SONT PAS DE CE GENRE ! Ils avaient déjà perdu leur pays, hors de question d'abandonner leur fille, ça jamais !
Mais comme elle n'a pas trouvé le décodeur pour me faire taire, elle m'a planté un biberon dans le bec, avec une bouillie pour bébé de 12 semaines… Après, on se demande comment naissent les addictions au sucre et les intolérances au lactose ! Et pourquoi on se jette sur le chocolat, par peur de manquer d'affection ? Juste par peur de l'abandon, je sais c'est totalement irrationnel ! Mais va le dire au nourrisson !
Sauf que ma mère EST UNE GUERRIÈRE ! Le sucre ne fait pas le poids. Mon retard était déjà une catastrophe, mais grossir était totalement exclu ! Hors de question que ses filles chéries se laissent aller à de tels débordements. Je lui ai donné beaucoup de fil à retordre, mais je suis restée dans des proportions acceptables.
Et si, par hasard, les frontières étaient dépassées, c'étaient les sirènes avec amplificateurs ! Mieux valait ne pas s'y frotter ! Son haut-parleur me vrillait les tympans jusqu'à retourner dans la norme. Depuis qu'elle a supposé qu'un amour de jeunesse l'aurait quittée pour une fille plus mince, elle a décidé de garder la ligne définitivement, et par extension de garder la mienne, afin de m'éviter la même déconvenue.
Le sport, c'est sa religion. Il faut bouger !. À 85 ans, elle marche tous les jours. Après une radiothérapie, elle a monté ses 2 étages d'escaliers quotidiens, et fait ses 10 minutes de marche entre 2 bancs. Hanches fêlées ou pas, rien à faire ! Elle a récupéré plus vite qu'une jeune de 20 ans. Maintenant elle randonne pour préparer le marathon de la presqu'île du sel. Maman est une force de la nature. On doit la suivre pour ne pas la perdre. Pas le choix, elle avance avec un turbo !
Anyway. Le traumatisme du nourrisson a détraqué mon horloge biologique. Je n'ai jamais réussi à rattraper mon retard.
Tout ça à cause d'une césarienne qui était censée m'aider à vivre en paix ! Et d'une stagiaire inconsciente, qui n'a jamais rien su de son méfait ! Voilà comment un nouveau-né bascule en mode Caliméro ! Et crée sans le vouloir, un mode d'attachement anxieux, totalement invisible à l'œil nu, inconscient, indétectable. Fusion, rejet, abandon. Le genre de truc que même le carbone 14 ne décèle pas. À part Sherlock Holmes, je ne vois pas qui peut le deviner ?
Mais comme je n'avais pas bien compris comment dire non la première fois, on m'a refait le même coup 50 ans plus tard.
Bref. Parfois, je me demande pourquoi on ne laisse pas les bébés dans leur hamac à regarder les colibris, au lieu de vouloir les extraire du paradis avant qu'ils ne soient prêts !
Le contrôle, c'est leur manière d'aimer
Maman, la pauvre, ne peut pas comprendre, puisque tout s'est passé à l'insu de son plein gré. Leur philosophie ne date pas d'hier, ils se la sont forgée chacun de leur côté. C'était leur point commun.
Elle, quand elle a compris que son père qu'elle admirait, aurait peut-être eu le béguin pour sa tante ? On ne le saura jamais, le dossier a été classé sans suite. Elle a défendu sa mère bec et ongles, et n'a plus fait confiance à personne pour protéger les siens. On n'est jamais mieux servi que par soi-même. De son côté, Papa, a su que tout était écrit, quand son père est mort beaucoup trop tôt, mais que le destin ne sait pas lire une date.
Alors quand un type, à l'ego assez grand pour contenir un pays entier, leur a dit un jour, je vous ai compris, puis a décidé de suite après, de les déraciner, ils ont bien compris que plus personne ne déciderait à leur place. La trahison déguisée en quiproquo, a changé le cours de l'Histoire, et accessoirement de leur vie, ce qui a réveillé leur besoin de contrôle.
Dans ce monde instable, mieux vaut se méfier des apparences et ne compter que sur soi-même pour être libre ! Depuis, pour se rassurer, ils contrôlent tout. On n'est jamais trop prudent ! Voilà comment, par amour inconditionnel, on devient légèrement contrôlant. Tout s'explique !
Et comme mes 2 parents sont pieds-noirs, et ce, sur 4 générations, autant dire qu'ils ont redoublé d'efforts pour tout reconstruire et protéger leurs filles chéries ! Le contrôle, c'est leur manière d'aimer… et ils nous aiment énormément.
Alors, comme ils anticipent tout, ils n'ont pas compris pourquoi, depuis ma naissance, je vis dans un décalage horaire existentiel. Je pars quand je dois arriver, je pense à mes rendez-vous en pleine nuit. Mes connexions synaptiques en termes d'horaires, ressemblent à des passages à niveaux : un coup oui, un coup non. Le chef de gare change de voies sans prévenir. Et le personnel se met en grève régulièrement.
Le Viking — Tu aurais dû travailler à la SNCF, tu aurais été synchro !
Maman n'a jamais pu s'y faire. C'était sa mission de vie : me remettre à l'heure. Alors, elle a tout fait, tout bien, tout carré, elle s'est démenée. Et Papa l'a toujours soutenue, pour arrondir les angles.
— Tu pars quand, ma chérie ? — À quelle heure est ton rendez-vous, mon amour ? — Attention, on va changer d'heure ! — Tu as pensé à régler ta montre ? — Tu viens à quelle heure demain, mon cœur ? — Tes clients arrivent à quelle heure ? — Et ils repartent quand ? — Tu sais quel jour on est, au moins ?
— JEAN ! QUELLE HEURE IL EST ? — Eh bien, tu ne peux pas regarder sur ton téléphone, non ? — Pfff… on ne peut rien lui demander ! Il ne sait rien faire ! — Attends, moi je vais te le dire… l'heure qu'il est !
— Déjà ! Mais tu n'es pas encore couchée à cette heure ? — Il est tard, demain tu seras fatiguée ! — Tu te lèves à quelle heure ? — Tu veux que je t'appelle pour ne pas oublier ? — Allez, va te coucher, ma chérie ! On s'appelle demain ! — Je t'aime, ma chérie, mais tu n'y mets pas de la bonne volonté.
Elle ne sait pas pourquoi… Elle n'a jamais pu régler mon trauma !
La locomotive et l'ancre
Maman est une locomotive avec le bruit et la vapeur. Même si parfois, la balance balance… dès qu'elle décide, plus rien ne peut l'arrêter. Son cœur vaillant plein de hardiesse s'emballe vite, et fonce avec courage au-devant de son destin ! Elle part avant les autres et arrive toujours en tête ! Elle anticipe tout, comme un minuteur ! Tout est réglé comme du papier à musique. Elle veut tout savoir pour tout contrôler et les moutons seront bien gardés ! Sinon, elle explose ! C'est une bombe !
Papa c'est l'ancre dans la tempête. Capricorne pur jus : pragmatique, réaliste, stable. Il avance avec précision, zéro poudre aux yeux, juste les faits. Sa vision claire, son humour sec, tombe à pic, pile au bon moment ! Il amortit ou il relance, comme au tennis. Et parfois un passing shot, ou une bonne volée. Il est carré, il observe, il sourit. Il dit ce qu'il pense, même si ça déplaît, il s'en fout. Il assume. Question horaire, il fait ce qu'il y a à faire de suite, sans rechigner, ce qui est fait n'est plus à faire. Ils s'entendent à merveille.
Face au grand cœur débordant que personne ne peut contrôler, il ne se laisse pas emporter. Stable, chaleureux, il l'aime profondément, la soutient tendrement dans la tempête et surtout, il adore la faire bisquer. Faut dire qu'il la comprend mieux que personne, lui aussi sait que tout peut s'arrêter du jour au lendemain, il l'a vécu. Alors mieux vaut compter sur soi, et compter l'un sur l'autre pour aller de l'avant, plutôt que sur les politiciens, qui sont tous des cons ! Ils ont choisi de vivre, de rire, de faire face, surtout s'ils ont peur. C'est plus safe, comme dit ma mère.
2 forces égales, 2 caractères qui se complètent l'un l'autre et avancent ensemble dans la même direction. Ils s'énervent l'un contre l'autre pour des futilités, histoire de se maintenir en forme. Se tapent sur les nerfs autant qu'ils s'aiment. Se prennent le bec souvent, surtout devant les enfants, autant qu'ils se respectent.
Mais ils ne peuvent pas se passer l'un de l'autre. Même si, parfois, ils voudraient bien prendre un peu d'air, ils restent soudés, à la vie, à la mort.
Ils forment un alliage si solide qu'on ne distingue plus la greffe. Un peu comme ces arbres immenses au cœur de la forêt amazonienne, qui nourrissent et abritent tout un écosystème autour d'eux.
Papa — Renata, le docteur te l'a déjà dit 100 fois, Coraline a un décalage horaire structurel, une espèce de dyslexie du temps. Tu as tout essayé, lâche l'affaire, laisse-la vivre !
Maman — Et c'est toi qui dis ça ? Alors arrête de l'appeler tous les jours ! Et toc ! Moi je te connais, tu ne me la fais pas à moi ! Toi et ton réflexe conditionné d'amour inconditionnel. Il n'est pas né celui qui pourra t'empêcher d'appeler TES filles chéries avant d'aller te coucher ! Ça te rassure !
Papa — Et alors ? On les appelle tous les soirs depuis leur naissance, on ne va pas les perturber ! Faut pas exagérer ! On ne change pas les bonnes habitudes !
Maman — Lui et moi, on est pareil. Quand il oublie, je le lui rappelle, pour le culpabiliser. Et toc !
Papa — Nous on se comprend. Depuis 60 ans, on a toujours fonctionné comme ça. On est des alarmes l'un pour l'autre.
Maman — La colère ça nous réveille, ça nous maintient en vie, grâce à ça, on reste toujours en alerte !
Papa — C'est le plus sûr système d'alarme au monde. Les filles ne comprennent pas. Mais nous, on l'a breveté en douce, sans leur dire.
Maman — Jean s'occupe de tout, moi je surveille. Avant c'était le contraire, mais depuis la retraite, j'ai délégué.
Papa — Oui, elle, c'est l'inspecteur des travaux finis !
Maman — Au fait Jean, tu as l'heure ?
Papa — C'est l'heure de partir.
Maman — Bon, on doit y aller, ma chérie, dans 15 minutes c'est le journal de 20h. À quelle heure tu te réveilles ? On se voit demain ? Tu m'appelles avant pour confirmer ? Au revoir ma chérie ! On t'aime ! On t'appelle en arrivant !
Papa — Bonne nuit ma chérie ! Tu nous envoies juste un petit SMS quand tu vas te coucher ? Comme ça on est rassurés !
Maman a l'heure dans la tête. Alors elle anticipe, elle gagne du temps. Moi, il semblerait que j'aie du vent dans la tête, alors je donne du temps au temps… Aux heures perdues, mes heures de gloire ! Chacun son truc.
Dimanche c'est Show !
Le journaliste — De retour sur le plateau, merci d'accueillir chaleureusement la famille Solemare, sous vos applaudissements. Merci à tous d'avoir répondu présent.
Maman — C'est normal, c'est notre fille.
Papa — À la vie, à la mort !
Ma sœur — Plutôt 2 fois qu'une !
Quel est votre lien téléphonique ?
Le journaliste — Alors première question : quel est votre lien téléphonique ?
Papa — Nous, on l'appelle tous les jours, c'est comme ça, c'est tout !
Maman — La tradition, c'est l'habitude qui reste quand on a tout oublié. Nous avec Jean, pour éviter de perdre la mémoire, on s'entraîne au marathon des citations…
Papa — Et moi en plus, je joue au bridge ! J'ai déjà retenu 2 classeurs de règles ! J'ai une mémoire en béton !
Quelle est la philosophie familiale ?
Le journaliste — Quelle est la philosophie familiale ?
Papa — Rien n'est grave, faut dédramatiser,
Maman — et garder l'équilibre : autodérision et bon sens terrien,
Ma sœur — c'est la sagesse qu'on a reçue en héritage !
Papa — On a chacun nos domaines de prédilection. Moi, c'est plutôt la politique !
Maman — Ah non, hein, tu ne vas pas recommencer ! Arrête de bougonner. Le pessimisme est d'humeur, l'optimisme est de volonté, comme dit Alain.
Papa — On choisit d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple. Jacques Prévert.
Maman — On survit en se moquant de nous-mêmes, et des autres, c'est toujours mieux que de se tirer dessus.
Que pensez-vous de sa relation avec Le Viking ?
Le journaliste — Et que pensez-vous de sa relation avec Le Viking ?
Papa — La première fois que nous l'avons rencontré…
Maman, lui coupe la parole — Il a fait l'unanimité ! On a été conquis !
Papa — Sa mère et moi, on s'est regardés. On ne l'avait jamais vue aussi heureuse.
Le Viking — C'est vrai ! On ne touchait plus terre, on planait à 3 mètres.
Maman — Il ne la lâchait pas des yeux, et parlait d'elle à tout le monde, même au boulanger. Ils étaient beaux ensemble, des inconnus les arrêtaient dans la rue pour le leur dire.
Ma sœur — Je confirme. Ils étaient rayonnants ! Et très amoureux, on ne voyait que ça !
Papa — Mais après, quand je l'ai mieux connu, je l'ai de suite dit à Renata : il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez lui, il est fâché avec toute sa famille ! Et il boit trop ! On dirait un siphon ! Y'a un truc pas normal !
Le Viking — On voit que vous ne connaissez pas mon père ! Tout le monde n'est pas comme vous, un vrai père pour vos filles. Vous vous arrêtez à la surface, mais je suis comme les oignons, j'ai des couches !
Papa — Oui, on avait remarqué, tu en tiens une bonne, de couche ! Moi, je dis ce que je pense, c'est tout !
Le Viking — Vous ne comprenez pas ! J'aime ma famille, c'est elle qui ne m'aime pas ! Alors, tu sais où tu peux aller avec ton optimisme familial ?
Papa — Loin, très loin, bien plus loin que toi !
Ma sœur — Voilà, ça c'est fait ! Alors, on va se calmer… Surtout que c'est tout simple, en fait ! C'est le triomphe des projections sur le bon sens ! Ils se sont mis ensemble par amour, puis ont espéré se changer l'un l'autre, alors forcément…, chacun a été inévitablement déçu. Pas besoin de faire un dessin, même si ma sœur en a fait un roman !
Le Viking — J'ai beau faire le dur, parfois je me demande si je ne suis pas juste un gamin, qui a simplement peur d'être seul…
Ma sœur — Je confirme, à l'époque tu n'avais qu'elle. Même si dans la rue tout le monde se retournait, chez toi plus personne ne répondait. Elle était ta seule bouée.
Maman — Peu importe, c'est du passé tout ça. C'est fini, ça ne sert à rien de ruminer, on ne peut pas revenir en arrière. Et puis, ce qui ne tue pas rend plus fort, comme dirait Nietzsche.
Papa — Ta mère a raison, je suis d'accord avec elle. On fait face et on avance. C'est la bravoure du quotidien !
Maman — Allez courage ! À cœur vaillant, rien d'impossible ! Ça va toujours mieux quand c'est fait ! Mieux vaut échouer en essayant d'atteindre un but élevé, que de réussir en restant médiocre, et toc ! Continue d'avancer, ma chérie, même en boitant et en chantant, le chemin est étroit et difficile à parcourir, comme dit Somerset Maugham, alors, quand tu arrives à un carrefour, prends-le, l'intendance suivra… je ne sais plus qui a dit ça ? J'apprends une citation par jour, faudra que je relise ma liste !
Papa — Je suis d'accord avec ta mère, c'est pour ça que je l'ai épousée d'ailleurs. Quand je l'ai vue, je me suis dit : c'est la plus belle femme du monde, et la meilleure arme contre l'inertie. Comme elle dit toujours :
— Bon Jean, c'est l'heure, on y va ? — Allez Jean, on y va ? — Jean, cette fois on y va, ou je pars toute seule ! Et comme elle est déjà partie devant, il faut toujours que je lui coure derrière pour la rattraper !
Maman — Au moins, ça te maintient en forme ! Moi, j'aime bien tout prévoir et contrôler que tout se passe comme prévu, pour dormir tranquille !
Papa — C'est sûr, tu aurais dû travailler pour la prévoyance, à force d'anticiper le pire !
Le journaliste — Entre vous, c'est animé !
Papa — Chez nous c'est comme ça, on fait du bruit parce qu'on est vivants ! On chante faux, mais en chœur ! On est un duo cacophonique, mais harmonieux, nous au moins !
Maman — D'ailleurs, je suis à moitié sourde à cause de ça !
Papa — Mets tes oreillettes, tu entendras mieux !
Maman — Elles ne marchent pas, elles augmentent le sifflement !
Mes parents, de concert — Nous, on est toujours d'accord sur l'essentiel !
Le journaliste — Coraline vous surnomme la locomotive et l'ancre, vous êtes un duo légendaire ! Vous avez dépassé les noces de diamant, c'est rare, et c'est magnifique. Alors que pensez-vous du mariage ?
Papa — De notre temps, le mariage c'était sacré. Maintenant, c'est la principale cause de divorce !
Maman — C'est parce que les jeunes n'ont aucune patience ! Ils s'en vont à la moindre petite contrariété. Nous, avec ton père, on a fait des efforts tous les jours pour se supporter !
Papa — On n'a pas de patience non plus, alors on crie plus fort qu'on a raison, ça nous aide à nous supporter !
Maman — Mais au fond, ton père est un gros cœur sensible, on peut compter sur lui ! Pas comme certains… (Le Viking se prend un éclair foudroyant dans l'autre œil !)
Papa — Et réciproquement ! Ta mère est chiante, mais je n'en aurais jamais épousé une autre. Elle est parfaite ! Elle a un cœur vaillant, ça manque de nos jours !
Maman — Alors, marie-toi avec le bon et tu seras heureuse !
Papa — Avec le mauvais et tu deviendras philosophe… comme disait Socrate.
Coraline a-t-elle du génie ?
Le journaliste — Alors pensez-vous que Coraline a du génie ?
Papa — Ma fille, du génie ? Pas à ma connaissance, à moins qu'elle ait frotté une lampe ?
Maman — Les chevilles qui enflent, c'est pas bon pour le retour veineux. C'est une artiste, elle a beaucoup d'imagination, elle se fait des films.
Maman — C'est une artiste, elle a beaucoup d'imagination, elle se fait des films.
Papa — Le génie, c'est 1 % d'inspiration et 99 % de transpiration !
Maman — Le travail éloigne 3 maux : ennui, vice et besoin. Je ne sais plus qui l'a dit, mais je l'ai placé !
Papa — Elle a plutôt un talent caché : elle se moque de ses parents ! Je ne sais pas de qui elle tient ça ?…
Maman — Jean a le don d'observer et de lire l'avenir,
Papa — et ma femme de mettre le feu aux poudres ! Alors je lui prête mon briquet !
Maman — Il faut dire aussi que Coraline est un aimant à catastrophes !
Moi — Tu dis ça pour me soutenir ou me porter l'œil ?
Ma sœur — Aimer, c'est encaisser.
Moi — Rester calme, c'est ma seule compétence certifiée, soyons honnête.
Le journaliste — Et justement, que fais-tu pour le rester… honnête ?
Le Viking — Ah ça, c'est toi qui le dis, mais ça reste à prouver.
Moi — Disons que j'ai grandi dans une famille où tout défaut était vite amplifié, du moment que ça faisait rire. Alors j'ai appris très tôt, après quelques dérisions publiques, que la meilleure défense pour désamorcer la critique, était de m'attaquer moi-même d'abord, par une métaphore.
Maman — Métaphore ou pas, nous, on est toujours là pour toi ! On minimise les risques.
Moi — Oui, c'est vrai, vous ne m'avez jamais laissée tomber ! Mais ce n'est pas une raison pour me coller vos peurs sur le dos ! Mais tu as peur de quoi en fait ?
Maman — Moi, je n'ai peur de rien ! Pas comme toi ! Et toc !
L'auteure — J'avoue parfois… j'ai peur de tout. Mais je fais semblant de n'avoir peur de rien, pour vous rassurer.
Maman — Je ne sais vraiment pas de qui tu tiens ça ? Comme je te l'ai toujours dit : avance, la peur recule ! Mais toi ma chérie, que fais-tu quand tu as peur ?
Moi — Je fais ce que tu m'as appris : je relativise ! J'ai peur mais j'avance ; j'improvise avec style. J'ai pas de plan, mais j'ai du répondant.
Maman — C'est bien ça qui me fait peur justement ! Moi je suis forte, j'anticipe. Mais toi tu es trop sensible. Tu avances à l'aveugle, comme les autruches ! Et toi Jean, as-tu peur pour elle ?
Papa — Évidemment ! Mais on lui tient la main. On fait de notre mieux.
Maman — Moi je n'ai pas peur ! Et toc ! Mais je tiens la main de Jean quand même, pour soutenir nos filles ! On ne les laissera jamais tomber, nous ! Pas comme certains… suivez mon regard… (Maman fusille du regard le Viking. Foudroyant ! Sa tête fume encore !)
Papa — Tu as beaucoup de chance qu'elle soit gentille, notre fille ! J'en connais une autre qui ne t'aurait pas raté dans son bouquin !
Maman — Sauf que moi, je n'écris RIEN ! Les paroles s'envolent, les écrits restent. Je me méfie des écrits. Il ne faut JAMAIS croire tout ce qui est écrit, ni être trop crédule. Faut TOUJOURS prendre du recul. Ce n'est pas parce que c'est écrit, que c'est vrai ! Au mieux c'est le reflet des opinions de l'auteur, si tant est qu'il en ait ! la plupart du temps, c'est juste ses émotions passagères,
Papa — un défouloir à conneries.
Maman — C'est pour ça que moi, tout ce que je sais, c'est que je ne sais RIEN, comme disait Socrate. Ainsi personne ne peut m'accuser de RIEN !
Papa — Dixit Madame Conseil ! C'est nouveau, ça vient de sortir ! Eh bien, quand on ne sait rien, on se la ferme ! comme disait Coluche.
Maman — Tu peux toujours essayer, c'est pas toi qui me clouera le bec !
Papa — Y'en a certains qui ne savent même pas ça… comme dirait Socrate.
Maman — Encore un bouc émissaire qui dérangeait les puissants parce qu'il révélait leur ignorance… Il a fini sur le banc des accusés, condamné à mort, le pauvre !
Papa — Encore un mec qui posait des questions intelligentes, jugé par des cons !
Le journaliste — Quelle famille !
Papa — Oui, chez nous, la famille, c'est sacré ! On s'aime, on se soutient, on se maintient !
Le journaliste — Parfois même, dans la source du problème…
Papa — J'assume et alors ? Personne n'est parfait.
Maman — Encore moins ceux qui le font croire !
Papa — Dans chaque église il y a toujours quelque chose qui cloche ! Moi, je m'en fous, je suis protestant !
Maman — On fait juste de notre mieux !
Papa — Et comme je dis toujours : Mektoub ! C'est écrit ! On ne maîtrise pas tout. On ne peut pas tout contrôler.
L'auteure — Alors ça ne sert à rien de tout prévoir !
Maman — En effet, mieux vaut agir de suite.
Papa — La famille, c'est notre noyau dur. Alors, si c'est le bazar, on règle le problème et on passe à autre chose ! Emballé, c'est pesé.
Maman — Exactement, à chaque problème sa solution. Alors mieux vaut en rire !
Ma sœur — Quand on y pense, avec son roman, il y a d'autres façons de pleurer, que devant TeleKata ! On peut pleurer de rire, ça compense !
Que pensez-vous du livre de Coraline ?
Le journaliste — Êtes-vous d'accord avec votre fille Helena ? Que pensez-vous du livre de Coraline ?
Maman — Non ! Moi, je ne suis pas d'accord !
Papa — Ça m'aurait étonné !
Maman — Ben quoi ? Moi aussi, je dis ce que je pense, qu'est-ce que tu crois ? D'ailleurs, je l'ai déjà dit à Coraline : Le secret d'ennuyer tout le monde, c'est de tout dire. Le mieux est l'ennemi du bien… comme disait Voltaire…
Papa — Le secret d'ennuyer tout le monde ? Tu devrais le dire aux hommes politiques !
Maman — Je suis d'accord ! Quand on voit c'qu'on voit, et qu'on entend c'qu'on entend, on a bien raison de penser ce qu'on pense ! … comme disait Coluche !
Ma sœur — On le pense tous… mais pas pour les mêmes raisons.
Le journaliste — Vous êtes pessimiste !
Papa — Je suis réaliste avec de l'avance ! comme disait Jean Yanne ! Les hommes politiques, c'est comme les couches, il faut en changer souvent, et pour les mêmes raisons !
Maman — Jean est lucide, il se trompe rarement ! Sa logique exacte est glaciale ! Ça fait froid dans le dos.
Le journaliste — Attention, vous risquez de vous faire des ennemis !
Papa — Vous avez des ennemis ? Tant mieux ! C'est que vous vous êtes battus pour quelque chose un jour ! Et de toute façon, quoi ? On n'a plus le droit de dire ce qu'on pense ? Il n'est pas né celui qui va me faire taire, comme disait Montaigne : sur le plus haut trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul. Et les politiciens ont décroché le pompon !
Maman — C'est comme l'autre… le grand bourricot Je vous ai compris… Tu parles ! Je me méfie des gens qui ont tout compris… Ils cachent toujours un couteau dans leur poche pour défendre leurs propres intérêts.
Papa — Exactement ! La guerre est une chose trop grave pour la confier aux militaires. Ils torturent des innocents et ensuite accusent le peuple de leurs crimes !
Maman — Ils peuvent tromper tout le monde un certain temps, certains tout le temps, mais pas tout le monde tout le temps.
Papa — Tous des planqués derrière leurs grands discours : Votez pour nous ! Et après, c'est toujours le peuple qui trinque !
Maman — Mieux vaut rester silencieux et passer pour un imbécile, que de parler et de ne laisser aucun doute à ce sujet, comme eux !
Papa — Moi, j'ai du bon sens, je ne retourne pas ma veste. J'observe la politique, et ce n'est que du vent ! Quels que soient leurs bords.
Maman — Alors mieux vaut cesser les spéculations vaines et cultiver son jardin en paix, comme disait Montaigne.
Ma sœur — Ça y est ! TeleKata est de retour ! Ne les lancez pas sur ce sujet, sinon on n'est pas couchés !
Le journaliste — Revenons au Viking, si vous le voulez bien.
Maman — Quand je pense qu'on est tombés dans le panneau ! Mais il ne m'aura pas 2 fois ! Faut dire qu'il a un charme fou ce grand cornichon. Il nous a bien plu dès le départ, on l'aimait bien !
Papa — Oui c'est vrai. J'ai même dit à Coraline : Maintenant, je ne me ferai plus de souci pour toi ! Mais au final, c'est qu'un petit con !
Maman — Jean ! Tu es malpoli !
Papa — Ben quoi ? Fallait pas faire de mal à ma fille !
Le journaliste — Sverre, tu ne réponds rien ?
Le Viking — Un gentleman garde toujours son calme, surtout avec des personnes âgées ! Mais c'est de votre faute si elle ne sait pas dire non ! Vous l'avez trop couvée ! Moi, au moins, j'ai essayé de la sauver, pour qu'elle se débrouille toute seule pour une fois. C'est une question d'honneur !
Papa — Je t'en foutrais, moi, de l'honneur ! L'honneur, c'est bien, AGIR, c'est mieux ! Je suis peut-être un vieux grincheux, mais je suis loyal au moins ! Je râle, mais j'assure ! Je la protège, moi !
Maman — Heureusement qu'on est là, va ! On ne choisit pas sa famille, mais on choisit de la défendre bec et ongles !
Papa — C'est pas parce qu'on est plus moches que toi, qu'on n'a pas de cœur !
Maman — Et nous, on sait se défendre. Alors tu ne vas pas nous la faire à l'envers !
Le Viking — J'adore tes parents, ils sont supers ! Ils ne se laissent pas faire !
Ma sœur — Ça c'est le moins qu'on puisse dire, c'est un de leurs nombreux talents.
Maman — Je me méfie des gens qui font des compliments, ils ont toujours une idée derrière la tête ! Je te vois venir avec tes gros sabots.
Papa — Ce n'est pas parce que toi, tu nous aimes bien, que nous, on t'aime ! Et toc !
Maman — On a de la peine pour toi, que ta famille ne t'ait pas soutenu ! C'est triste ! D'ailleurs, ça ne serait jamais arrivé chez nous !
Papa — Mais ce n'était pas une raison pour te venger sur notre fille, la pauvre !
Maman — Elle ne t'a rien fait ! Je la connais ma fille, y'a pas plus gentille qu'elle !
Ma sœur — Tu as assez de force pour supporter son malheur, tu lui pardonnes tout, sauf sa réussite sans ta permission. C'est pour ça que tu es là, d'ailleurs. On n'est pas dupes !
L'auteure — C'est bon, on a compris. Stop au lynchage collectif. C'est vrai quoi, l'erreur est humaine, on en fait souvent plus par amour, que par réelle méchanceté…
Papa — Oui, mais quand même… Lui, il est comme son père : chiant ! Et il insiste en plus ! Il me rappelle ta mère. Elle aussi est comme son père et elle insiste !
Maman — Ça, c'est parce que tu as déteint sur moi avec le temps ! Et toc ! Bon c'est pas tout ça mais l'heure tourne, alors moi, je veux savoir l'heure qu'il est ! Jean, tu as l'heure ?
Papa — Oui, c'est l'heure de partir, sinon on va être en retard !
Maman — Bon alors, on s'en va, c'est l'heure. Allez, ma chérie, gros bisous, et ne te laisse pas faire par ce grand bourricot !
Maman au Viking — Allez, sans rancune, tu l'as bien mérité !
Papa — On est fiers de toi, ma chérie ! On s'appelle plus tard ! Au revoir, Monsieur le journaliste, merci de nous avoir reçus.
Papa — Au revoir, Sverre… Attention, on t'a à l'œil !
Maman — Ah, au fait, j'allais oublier… Tenez, je vous ai fait une coca pour chacun, parce que je sais que le Viking l'aime bien… Et on ne va pas rester fâchés. C'est une spécialité pied-noir, vous m'en direz des nouvelles !
Le Viking — Quelle délicate attention ! Merci beaucoup !
Le journaliste — Je vous remercie. Revenez quand vous voulez !
Maman — Coraline, n'en mange pas, elle fait le régime ! Allez, au revoir, ma chérie, et ne rentre pas trop tard !
Le journaliste — Quel duo formidable… Sacrée famille !
Ma sœur — Oui, 2 forces de la nature, faut suivre ! Faut dire qu'on ne peut pas dire non à mes parents ! Ce n'est pas le genre de la maison !
L'auteure — Oui, chez nous, on s'aime fort, on crie fort, on se fait honte fort, on rit fort… et le reste, c'est juste le ouaï de la vie.
Concours de citations
Le journaliste — En hommage à tes parents tu as décidé d'organiser un concours de citations ?
L'auteure — Oui, à tous ceux qui veulent participer, je vous lance un défi : glissez des citations dans votre histoire drôle, et partagez vos pépites pour faire battre nos petits cœurs.
Thèmes de ce chapitre
Parents pieds-noirs · le contrôle comme façon d'aimer · toujours en retard depuis la naissance · une famille qui crie fort et s'aime fort · quand ton compagnon et ton père s'affrontent
